Sonate pour violon et nez rouge

Concert du dimanche matin
Avec Pierre Amoyal, Howard Buten (Buffo)
Daniel Blumenthal
Théâtre du Châtelet
5 janvier 2003


Les numéros de clown musicien sont parmi les plus difficiles du répertoire du cirque. Monter un tel numéro avec un grand virtuose du violon n'est pas une petite affaire.

Un public d'enfants très jeunes

Le public de ce premier concert du dimanche matin de l'année rassemblait une majorité de familles avec de très jeunes enfants, attirées pour une partie d'entre elles par la présence du clown. Public difficile, pas toujours respectueux du silence requis pour permettre à ses voisins d'apprécier sans parasites la beauté d'une interprétation...

La Sonate N° 3 en ut mineur opus 45 de Grieg, remarquablement jouée par Pierre Amoyal, était sans doute un peu subtile pour ce public néophyte, qui vit arriver le clown avec bonheur. Le reste du spectacle constitua pour les mélomanes une constante frustration : le jeu du clown, souvent bruyant, interrompit sans trêve la voix sublime du Stradivarius de Pierre Amoyal.

Quelques bons moments

Buffo le clown n'est pas mauvais. Il connaît bien les techniques du cirque. Mais,... comment dire ? il n'est tout simplement pas à la hauteur de ce violon exceptionnel. Seul, son numéro charmerait, ferait sourire, ferait rire. Confronté à Pierre Amoyal, il agacerait plutôt.

Meilleur comique, Daniel Blumenthal sait faire rire sans trahir la musique. Il est irrésistible lorsqu'en jouant - fort bien, il s'absorbe dans la contemplation d'une femme nue, ou encore lorsqu'il fait délirer son piano, enchaînant des morceaux disparates, avant de revenir à la première ligne mélodique.

Le spectacle réserve d'autres bons moments. La leçon de violon, délicieuse dans le registre de l'auto-dérision, permet au clown de défendre son minuscule violon. La série de "ballets", de Zorba le Grec au Lac des Cygnes, lui offre l'occasion de déployer tout son talent avec sa "partenaire", le violoncelle et son "accompagnateur", le violon. Pierre Amoyal nous procure un beau moment d'émotion lorqu'enfin en l'absence du clown, son beau Kochansky "pleure" pour le petit violon fracassé.

A la recherche de la musique et de la poésie

Pendant le reste du spectacle, Buffo recherche la poésie, sans jamais vraiment l'atteindre, peut-être tout simplement parce qu'elle réside dans l'économie des moyens, dans l'écoute, dans la modestie. Peut-être faut-il une infinie patience, peut-être faut-il un immense travail, peut-être faut-il un peu de grâce pour un jour la trouver et entraîner à sa suite les publics les plus ingrats..., mais néanmoins sensibles.

Finalement, j'ai fini par retrouver la poésie dans le public lorque l'un de mes jeunes voisins, d'une voix fraîche et claire, lança très sérieusement cette jolie remarque : "Le Monsieur, il fait des bêtises".



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