Elvire

d'Henry Bernstein
Mise en scène : Patrice Kerbrat
Avec Caroline Silhol, Philippe Magnan
Jean-Pierre Cassel, Anne Consigny
Tristan Petitgirard
26 janvier 2002
Marigny - Salle Popesco


Une pièce grave dans un contexte léger


Certains programmes annoncent une comédie. On y rit, certes. Mais Elvire n'est pas vraiment une comédie. C'est une pièce grave sur un sujet grave, écrite en 1939, à l'aube d'une tragédie de l'humanité.


Elvire (Caroline Silhol), aristocrate autrichienne, a tout perdu. Les nazis lui ont pris ses biens, son mari, jusqu'à son identité. Le personnage se présente chez un brillant avocat parisien, Jean Viroy (Jean-Pierre Cassel), alors qu'il reçoit sa maîtresse, une futile beauté parisienne, Claudine de Gaige (Anne Consigny) et son ami d'enfance, le rédacteur en chef d'un Paris-Match de l'époque, André Cormagnin (Philippe Magnan). Elle arrive avec sa lumière intérieure, sa pudeur, son courage, son sourire, sa dignité tranquille. On est en avril 1939 et insidieusement, la menace se rapproche.


Un écrivain puissant servi par une bonne mise en scène


L'écriture d'Henry Berstein est très forte, poignante et légère à la fois. Toute l'horreur de ce despotisme aveugle, abject et lâche y transparaît avec d'autant plus d'impact qu'il contraste avec ce personnage lumineux, plein de force souriante et de profond désespoir.


Patrice Kerbrat a ménagé une mise en espace très habile. Elvire se détache par un rythme plus lent, à l'opposé des personnages plus légers interprétés par Jean-Pierre Cassel et Anne Consigny.


Une grande interprétation mêlant technique et subtilité


Elvire donne l'occasion à Caroline Silhol de réaliser une grande performance d'actrice, digne d'un Molière. Présente en scène presqu'en continu, elle doit gérer un accent autrichien pendant toute la représentation. Mais surtout, elle est parfaitement juste dans ce personnage, qui ferait tomber la pièce s'il ne dégageait pas cette aura silencieuse. Elle sait à merveille nous rendre aussi bien l'élégante écorce de celle qui reste délicate, digne et souriante que le poids du destin tragique, de l'indignation désespérée qui l'accable en profondeur. Les deux registres co-existent dans le jeu de la comédienne et nous rendent le personnage particulièrement poignant et si humain, dans toute la noblesse du terme


L'interprétation de Philippe Magnan est aussi forte et subtile. Il use de la technique de Louis Jouvet avec un grand bonheur. Voix apparemment monocorde, sobriété et grande finesse de l'interprétation permettent autant la détente comique que la transmission des émotions les plus profondes.


Lumineuse jusqu'au bout, Elvire a l'élégance finale de refuser de compromettre ceux qui l'ont aidée. C'est bien là le chef d'oeuvre. Le personnage est si beau que cette beauté finit par l'emporter sur l'ignominie dans le souvenir du spectateur. On en sort grave et étrangement réconforté.


Ne manquez pas ce spectacle, cette saison. Il vous touchera au plus profond du coeur.




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