L'Arlésienne
de Georges Bizet
Drame d'Alphonse Daudet
Direction musicale de Michel Plasson
Avec Gabriel Bacquier
Le Jeune Choeur de Paris
et l'Ensemble orchestral de Paris
Mardi 5 juin 2001
Théâtre des Champs Elysées


Un concentré d'amour

Le drame de Daudet concentre en une oeuvre tant de formes d'amour. Frédéri est consumé par la passion, que sa raison ne peut contrôler, et en mourra d'amour. Balthazar le berger a sacrifé autrefois son amour par devoir, il le garde toute sa vie, sans faire le moindre geste, jusqu'à ces émouvantes retrouvailles tardives. L'Arlésienne, coquette avide de plaisir, ne sait vivre l'amour que par éclipses, croque la vie et le coeur de ses amants. Vivette détient les clés du bonheur durable, mais porte la disgrâce de n'être pas aimée. La mère cherche le bonheur de son enfant, s'épuise à le lui donner, mais finalement perd tout. L'innocent aime sans retour, aime en silence et ne reçoit la tendresse que lorsqu'il est trop tard.

Un chef créateur de musique

D'abord l'Ensemble orchestral de Paris a du mal à suivre ce chef qui le dépasse, mais il le fait, et le fait si bien que l'on oublie bientôt ces difficultés. Jamais les cordes de cet orchestre n'ont fait preuve d'une telle musicalité. Le thème de l'innocent se déploie avec délicatesse, et chaque retour s'accompagne de nouvelles couleurs. Michel Plasson est un enchanteur qui sait tirer le meilleur, animer une farandole avec vigueur, adoucir un thème nostalgique, ponctuer une phrase musicale. Et lorsque le Jeune choeur de Paris entonne le final, on repense aux grands moments d'opéra que ce chef nous a fait vivre à Toulouse, à Orange et si rarement, mais si brillamment à Paris.

La performance de comédien d'un grand chanteur d'opéra

Pour dérouler le drame, Gabriel Bacquier endosse le rôle du conteur. Tel un troubadour, et avec l'accent, il nous tient en haleine, il nous émeut. Il est le récitant et tous les personnages à la fois. Ceux qui le connaissent savaient déjà qu'il était un grand comédien. Il nous a donné le privilège d'admirer ce don à l'état pur. Et là encore le sens de la nuance s'est manifesté. A voix basse ou avec force, avec une intuition du rythme juste et de la sonorité qui convient, il nous entraîne dans une autre musique, celle des mots, que tant de comédiens oublient.

Loin de la mousse médiatique, ce spectacle a prouvé que l'on peut créer une belle oeuvre avec des moyens limités, pourvu que l'on ait le talent et la conviction. C'était l'esprit dans lequel Bizet écrivit l'Arlésienne à sa création. Là encore, Michel Plasson, Gabriel Bacquier et tous les musiciens ont su le transmettre avec justesse. Cela mérite plus qu'une abeille...



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