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Présences 2000

Troisième soirée de l'orchestre philharmonique
17 février 2000
Radio France


Quinze musiciens de l'orchestre philharmonique ont donné le 17 février un concert d'une grande richesse technique et musicale.

La Chambre claire de Misato Mochizuki
ou le triomphe du temps sur l'homme

La jolie Japonaise Misato Mochizuki nous a proposé une oeuvre originale et animée. Les effets comiques, je pense non voulus, étaient-ils dus à mon ignorance d'une perception orientale du monde ? Quoi qu'il en soit, la fin de l'oeuvre marque la victoire du rythme binaire et du Temps, qui ponctue le morceau.

Métal-Terre-Eau et Terre-Feu de Ton-That Tiêt
Deux solos fascinants

Les solos pour violon et pour alto de Ton-That Tiêt expriment l'extrême sensibilité du compositeur. C'était la première fois que j'entendais seul l'altiste Christophe Gaugué, mais je l'avais déjà remarqué dans l'orchestre. Lorsqu'il joue, il se distingue par l'extrême dextérité de son doigté et la sonorité pure de son instrument. Lorsqu'il ne joue pas, il se distingue aussi, par l'étrangeté de sa gestuelle. Mais cela fait partie de sa personnalité et le rend très sympathique.

Delta de Yoshihisa Taïra
L'homme qui a dominé Présences 2000
par la spiritualité de sa musique

Le delta majuscule forme un triangle entre les bois, les cordes et les percussions, eux-mêmes symboles de l'homme, de la terre et du ciel. Dans la musique contemporaine, chaque instrument peut être mis en vedette. La contrebasse et le carillon jouent à égalité avec le violon. Je m'étonnais avant le spectacle du choix des percussions pour représenter le ciel. Mais Taïra est d'origine japonaise et connaît la profondeur des vibrations du gong, qui se répercutent en nous indéfiniment. Dans le delta, c'est l'homme qui introduit le désordre, le chaos, avant de se fondre dans l'harmonie de l'univers.

élet... fogytiglan, de Marco Stroppa
Un petit raté pour un grand compositeur

Je pense que Marco Stroppa a eu tort d'ôter la partie électronique d'élet... fogytiglan, qui permettait une plus grande spatialisation. Trop chaotique, cette composition ne nous touche guère. Heureusement, elle ne fait pas oublier les autres, très réussies, que le compositeur italien nous a présentées pendant le festival.

Deuxième partie : une écoute visuelle ou imaginaire ?

Après l'entr'acte, les mêmes oeuvres furent illustrées par les chorégraphies de Régine Chopinot. Cette danse, rythmique et "posturale", pollue la musique, plus qu'elle ne l'exalte. Je choisis donc de fermer les yeux. Ainsi, je débridai mon imagination pour une nouvelle écoute.

Voici ce que l'alto de Ton-That Tiêt m'inspira : en place de la Terre et du Feu, je vis un homme en méditation, immobile et serein pendant tout le morceau. Devant lui, un enfant s'agite, cherche à le tirer de sa concentration, court, s'enfuit et revient, petit être charmant, agaçant, malicieux. Lui médite. Le feu follet grandit et connaît la souffrance. Son histoire devient poignante et tragique. Lui médite. L'homme gagne en maturité, en gravité, en sérénité aussi. Lui médite. L'histoire de l'homme atteint sa plénitude et son apogée. Il touche à la sagesse du méditant, et meurt... dans un souffle.

Le festival Présences :

Chaque année, Radio France organise le festival Présences pour présenter le meilleur de la création musicale contemporaine.

C'est l'occasion de rencontrer les compositeurs de la musique d'aujourd'hui et de demain. Avantage non négligeable : tous les concerts sont gratuits.




Tour Eiffel
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