Hurlevent

de Kader Belarbi
Musique de Philippe Hersant
Scénographie et lumières : Peter Pabst
Direction musicale : Vello Pähn
Avec Laëtitia Pujol, Karl Paquette,
Nolvenn Daniel, Wilfried Romoli
le ballet et l'orchestre de l'Opéra National de Paris
Opéra Garnier
2 mars 2002




Sinistre, c'est bien le mot, que cette création de Kader Belarbi.


Un roman mal servi par une chorégraphie académique traînant en longueur

L'oeuvre d'Emily Brontë l'est aussi, me direz-vous. C'est vrai, mais le ballet a complètement manqué le souffle du romantisme noir, la beauté sauvage des moors écossais, la grandeur tragique du personnage d'Heathcliff. Il ne reste qu'un squelette sombre, uniforme et statique du roman. A cela s'ajoute le manque de concentration de la trame dramatique, nécessairement générateur de lassitude chez les spectateurs. Une partie d'entre eux d'ailleurs partira à l'entr'acte.

La chorégraphie elle-même est de facture très académique : développés, attitudes, arabesques classiques, mais aussi portés disgracieux en composent l'essentiel. Les mouvements très classiques ne sont pas laids, mais la chorégraphie dans la première partie reste peu lisible et ne souligne pas l'action.


Un passage poétique et une belle composition musicale rachètent l'ensemble

Tout cela est bien dommage, car la musique de Philippe Hersant méritait mieux. Sensible, elle évoque bien les espaces infinis, la mélancolie profonde, les abîmes de l'âme, les nuances émotionnelles, voire le folklore écossais. J'ai particulièrement apprécié l'épaisseur émotionnelle de la scène du mariage, le souffle épique du final.

Dans la chorégraphie, un tableau cependant se dégagea heureusement de l'ensemble : le ballet blanc de la deuxième partie. La fluidité des mouvements, le vol des "sylphides" dans un brouillard lumineux et diaphane, la légèreté des danseuses traduisait à la perfection les visions fantomatiques d'Heathcliff.

Le travail des éclairages également était très soigné. Contrairement au reste du spectacle, les éclairs lumineux qui traversaient la scène, imbibaient l'atmosphère ou soulignaient les bords du "rideau-ouverture de grotte" frappaient par leur originalité.

On l'aura compris, on ne peut pas dire que ce ballet soit touché par la grâce. Mais on apprend de ses erreurs comme de ses succès. Gageons que le prochain sera plus réussi.





Tour Eiffel
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