Spectacle Nijinski, Fokine, Robbins, Li

Avec le ballet de l'Opéra National de Paris
et l'orchestre Colonne
dirigé par Paul Connelly
Opéra Garnier
28 décembre 2001




Pétrouchka
Livret d'Alexandre Benois et Igor Stravinski
Musique d'Igor Stravinski
Chorégraphie de Mikhaïl Fokine
Avec Laurent Hilaire, Elisabeth Maurin, Wilfried Romoli
et les danseurs de l'Opéra

Il est dur pour une marionnette de prendre vie ! Enfermé dans un cauchemardesque huis clos par un magicien sadique, le malheureux Pétrouchka en fait la triste expérience. Comme Pierrot, il aime la Ballerine. Comme Colombine, celle-ci n'a d'yeux que pour le Maure, fort de sa virilité stupide. Et comme il n'y a pas de moralité chez les marionnettes, cela finit mal pour Petrouchka. Ce ne sont que de ridicules marionnettes, n'est-ce pas ?


Au delà de la farce, cette oeuvre présente un grand intérêt esthétique et musical, car elle annonce le Sacre du printemps. La chorégraphie de Fokine est déjà imprégnée du style inimitable de Nijinski. Conseillé par un habile mentor en la personne d'Alexandre Benois, le jeune Stravinski y trouve son style musical, celui qui s'épanouira pleinement dans le Sacre. Enfin, cette pantomime s'inscrit dans les décors d'Alexandre Benois, étranges et inventifs, qui n'ont pas vieilli d'un iota.


Reprenant le rôle de Nijinski, Laurent Hilaire sait traduire l'extrême humanité de Pétrouchka, être apparemment plus sensible que les badauds de la foire. Quant à Elisabeth Maurin, elle est parfaite. Elle sait interpréter à merveille la raideur molle de la poupée. Et quelles pointes !!!


L'après-midi d'un faune
Musique de Claude Debussy
Chorégraphie de Vaslav Nijinski
Avec Yann Bridard, Amélie Lamoureux
et les danseurs de l'Opéra

L'oeuvre de Nijinski fit scandale en 1911. Aujourd'hui, elle ne fait plus scandale, mais reste une chorégraphie unique. C'est une danse de bas-reliefs inspirée de l'art grec, infiniment choquante à l'aune de la danse classique. Le faune est force musculaire, ingénuité lubrique, plus animal qu'humain. La gestuelle du faune constituera les fondements du style néo-classique de Lifar.


C'est un plaisir de voir Yann Bridard dans ce rôle. J'avais déjà admiré son excellente interprétation d'Hilarion, qui éclipsait totalement le prince. Il est magnifique dans le faune, ses gestes sont fluides, hiératiques, comme instinctifs. C'est l'un des danseurs les plus expressifs de l'Opéra. Dans ce ballet, il manifeste une joyeuse bestialité lorqu'il s'empare du voile de la nymphe. Il le renifle avec délectation et, comme l'avait justement remarqué Cocteau, se vautre en lui.


Afternoon of a faun
Musique de Claude Debussy
Chorégraphie de Jérôme Robbins
Avec Juliette Gernez et Karl Paquette

Deux jeunes danseurs viennent jouer les Narcisses devant la glace invisible d'un studio de danse. Au fil de leur adage, ils découvrent l'émotion subtile d'un flirt discret, à peine esquissé.


Ce ballet, techniquement très difficile, est l'occasion pour la jeune génération de danseurs de nous montrer toute leur virtuosité, et même un peu plus. Laquelle des deux fées blondes, Emilie Cozette et Juliette Gernez, deviendra étoile ? Je dirais bien les deux, car elles en ont la sensibilité et la présence scénique. Toutes choryphées qu'elles sont, elles pourraient en apprendre à nombre de leurs aînées.


Shéhérazade
Musique de Nikolaï Rimski-Korsakov
Chorégraphie de Blanca Li
Avec Laure Muret, Delphine Moussin, José Martinez
et les danseurs de l'Opéra

C'est un bien curieux Orient que la chorégraphe espagnole Blanca Li nous propose en ce début de millénaire ! Un Orient plus proche des lupanars du XIXème siècle que des Orientales de Victor Hugo ! Les costumes de Christian Lacroix sont chatoyants, voire clinquants, parfois franchement indécents. Dans le contexte polique actuel, je n'ai pas vraiment aimé voir les danseuses se tortiller dans de grands bourqahs blancs.


Blanca Li a souhaité éliminer les eunuques... C'est sans doute pour mieux affubler son groupe de danseurs de corsets, bas échancrés et jabots de dentelles, les émasculer et leur faire exécuter des ports de bras gracieux ?


Après les revues dignes du plus mauvais Pigalle, bienvenue dans notre orgie orientalisante : corps mêlés, étalés dans des coussins multicolores, sur fond de moucharabiehs. Ce n'est pas laid, c'est bien dansé, mais bon...


Le passage que j'ai trouvé intéressant par la beauté des costumes, l'ensemble des interprètes et la facture classique, sinon originale, de la chorégraphie fut le ballet rouge. C'est une pièce dans la longue tradition des Indes galantes. Encore un ballet exotique...


Et pour finir, un hommage particulier doit être rendu à l'orchestre Colonne. Il a interprété avec beaucoup de talent trois oeuvres majeures et fait de cette soirée un spectacle complet.





Tour Eiffel
Top

Accueil Spectacles          Critique suivante




Copyright © 2001 Dominique Dufils

Les photos et textes de ce site sont protégés.
Toute reproduction, même partielle,
est interdite sans autorisation préalable.