Le Concours

de Maurice Béjart
Musique d'Hugues Le Bars
et extraits de ballets classiques
Avec Kader Bélarbi
et les danseurs de l'Opéra de Paris
Opéra Garnier



Un ballet cinématographique


Pendant un concours international de danse, une des concurrentes est assassinée. L'inspecteur - Jorge Donn à la création, Kader Bélarbi à l'Opéra - enquête sans interrompre le déroulement des épreuves. Le ballet est construit comme un film, où s'entremêlent les flash-back de la vie d'Ada, la victime, et les étapes du concours, pour se clore au dénouement sur une évocation du grand défilé du corps de ballet.


Une vision parodique et apologétique de la danse classique et contemporaine


Créé en 1985, le spectacle est un superbe exercice de style. Musicalement, il mêle les extraits de ballets classiques et la musique concrète d'Hugues Le Bars, dans la lignée de Pierre Henry. Chorégraphiquement, il juxtapose les pas classiques et le modern jazz. Souvent, les pas classiques suivent la musique contemporaine et inversement, mais pas systématiquement. Béjart joue de ce mélange, pour créer parfois un effet parodique, et paradoxalement, ce faisant, il exalte l'esprit de la danse. J'ai aimé les soli de chaque juré où sont montrés les styles français, russe, japonais et américain. L'intention est parodique et l'on sourit, mais aussi l'on admire la maîtrise du chorégraphe et de ses interprètes. Ainsi, le présent et le passé co-existent sans heurts. Le mélange n'était pourtant pas sans danger. Si Béjart le réussit, c'est parce qu'il touche à l'essence même de la danse.


La fidélité aux étoiles de ses créations


En remontant ce ballet, Maurice Béjart fait preuve d'une grande fidélité à ses danseurs étoiles : Claude Bessy, que j'ai vue, enfant, danser le Boléro, interprète l'archétype du professeur de danse et Michaël Denard, créateur de l'Oiseau de  feu, déploie ses qualités d'acteur dans le personnage d'un comique juré français, mi dompteur, mi précieux, et aussi fondamentalement danseur. Les vraies étoiles ne meurent pas le jour de leurs adieux. Cela, un grand chorégraphe le sait bien.


Où l'on rit, où l'on admire, où l'on s'élève


C'est un ballet où l'on rit : les travers propres à chacun sont immédiatement mis en relief. Citons la suffisance du chorégraphe à la télé : "Quand je danse, c'est sublime". Pour le coup, ce n'est pas totalement faux, car Benjamin Pech a beaucoup de punch et de talent. J'ai apprécié également les excentricités de l'Américaine incarnée par Marie-Agnès Gillot et je maintiens ce que j'ai déjà dit ailleurs : cette danseuse mérite de devenir étoile et j'espère qu'elle le deviendra.

C'est un ballet où l'on admire : je dois avouer que l'adage du Lac des Cygnes, interprété par les concurrentes et les élèves de Miss Maud (Claude Bessy), m'a laissée bouche bée. Pendant toute la représentation, le corps de ballet fait merveille.

C'est un ballet où l'on s'élève : Ada la victime vient visiter l'inconscient de l'inspecteur sur le thème du pas de deux de Giselle. Kader Bélarbi est remarquable dans cette séquence, tant par l'aisance de ses portées que par son interprétation : il danse avec la victime et ne paraît pas la voir. Quelle remarquable réinterprétation de Giselle...





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