Don Quichotte

de Massenet
Livret de Henri Cain
Mise en scène de Gilbert Deflo
Avec José Van Dam, Alain Vernhes,
Béatrice Uria-Monzon
3 février 2002
Opéra Bastille



Le Don Quichotte de Massenet est un personnage attachant, un "fou sublime", dira Dulcinée. Aimé pour le bien qu'il répand, pour ses valeurs chevaleresques, il croit encore pouvoir ce que la vieillesse lui interdit. Mais comment séduire une jeune femme, de surcroît demi-mondaine, lorsqu'on est maigre et vieux ?


En même temps, le merveilleux s'attache à lui, ce que lui refusait Cervantès. Ne sait-il pas adoucir le coeur des bandits par son courage devant la mort ? Il apparaît alors non plus comme un bouffon pathétique, mais comme un martyr sublime. Et par lui le miracle arrive.


Sancho et Don Quichotte, un chant sublime

La belle voix de José Van Dam servait bien le personnage et lui conférait toute sa grandeur. Celle d'Alain Vernhes ne lui cédait en rien. Chaude, elle convenait bien à Sancho, ami partageant les rêves d'un compagnon estimé, plus que bon vivant contrastant avec le chevalier errant. L'air du 2ème acte, diatribe contre les femmes, m'a impressionné par sa sûreté musicale.


José Van Dam a atteint les sommets de son art dans la scène des brigands. Torse nu, entravé à un mât dans une lumière bleutée, son ample voix grave déploie une prière teintée d'idéal. Comme les bandits agenouillés à ses pieds, le public reste frappé de la beauté toute sacrée de ce grand moment d'opéra.


Béatrice Uria-Monzon, un peu en retrait musicalement, a interprété avec justesse une Dulcinée frivole, blasée et compatissante. Le personnage y gagnait en épaisseur.


Une mise en scène symbolique et équilibrée

La mise en scène de Gilbert Deflo s'intégrait bien dans la spatialité de l'Opéra Bastille. Elle évoquait discrètement un cirque, sans pour autant renoncer aux fastes de la maison de courtoisie où règne Dulcinée. Ce choix prend toute sa force au final lorsque le chapiteau tombe. C'est une belle invention. L'opéra de Massenet est ainsi replacé dans le contexte de la magie du spectacle. Les artistes nous font toucher les étoiles, mais parfois meurent doucement, comme ce Don Quichotte, dans l'oubli du public.




Tour Eiffel
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