La Damnation de Faust

d'Hector Berlioz
Direction musicale de Seiji Ozawa
Mise en scène de Robert Lepage
Avec Jennifer Larmore, Kurt Lewis,
José Van Dam
16 juin 2001
Opéra Bastille


Le mythe de Faust vu par Berlioz n'atteint pas la profondeur philosophique de Goethe. Les personnages eux-mêmes sont assez faibles. L'intrigue vise à montrer les ravages du désir amoureux, l'illusion du bonheur. Chez Berlioz, Faust n'est qu'un pantin, et n'est pas rédimé par l'amour. Malgré ses faiblesses, l'oeuvre porte cependant en elle des moments de pure beauté qui font venir les larmes.


Un ténor remarquable

Kurt Lewis reprenait le rôle au pied levé. Avec une demi-journée de préparation, il a affronté avec une grande maîtrise les complexités de la mise en scène et la difficulté de la partition. Sa voix est belle et chaude dans son medium et les 2 ratés en voix de tête étaient probablement dus au manque de préparation. Le jeu aussi était expressif. La réminiscence des souvenirs d'enfance ramène le désir de vivre dans le coeur du vieux Faust. La beauté du chant de M. Lewis m'a arraché les premières larmes dans le spectacle.


Une ardente et pathétique Marguerite

Jennifer Larmore ne semble pas à l'aise dans ce rôle de Marguerite. Pourtant son interprétation de l'air célébre "D'amour l'ardente flamme consume mes beaux jours" restera marqué comme un grand souvenir d'opéra. L'arrière-plan de cette palissade qui peu à peu s'enflamme pendant que la chanteuse exhale la douleur de sa déréliction renforce le caractère poignant du chant. Le symbolisme de la crucifixion annonce le processus de rédemption, que le choeur reprendra dans le final : "Elle a beaucoup aimé Seigneur". José Van Dam est un Méphitophélès irréprochable. Il mène le jeu jusqu'à cette course infernale qui scelle la damnation de Faust.


La mise en scène sophistiquée contenait de belles trouvailles : l'introduction des chanteurs dans les pages d'un ouvrage illustré, moitié livre de contes, moitié images d'Epinal, est tout à fait bien trouvée et bien réalisée. L'utilisation de la vidéo est heureuse pour l'évocation des vitraux d'une église ou de la course des chevaux infernaux. Quelquefois cependant, on atteint la démesure, et alors la mise en scène nuit plus qu'elle ne sert la musique. Enfin, l'orchestre de l'Opéra, mené avec une grande énergie par Seiji Osawa, assurait un accompagnement dynamique à cette oeuvre puissante.




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