Le Fil d'Orphée

de Claudio Monteverdi
à Régis Campo
Mise en scène de Mireille Larroche
Avec Emmanuelle Halimi, Robert Expert
Carl Ghazarossian, Jacques Bona
Elsa Vacquin, Laurent Stewart
21 janvier 2001
Péniche Opéra


Monteverdi, Rossi, Glück, Offenbach, Poulenc, Schubert ont tous été inspirés par le prince des poètes, qui par son chant magique, attire les animaux et ressuscite les morts. La Péniche Opéra nous donne le plaisir de revivre en quelques heures ce parcours musical dans un studiolo florentin, puis dans un salon littéraire inspiré par Cocteau. L'ensemble est léger, comme du champagne.


Les chanteurs traversent les styles avec aisance

Comme de coutume en ces lieux, les chanteurs sont de bons comédiens, habiles à nous faire rire. Comme de coutume, leurs voix sont belles et suivent avec aisance tous les styles. Emmanuelle Halimi est une délicieuse Eurydice baroque. Le contre-ténor Robert Expert est remarquable pendant tout le spectacle. Son interprétation du grand air de Glück "J'ai perdu mon Eurydice" est d'une grande tenue et aurait sans doute, dans une autre contexte, justifié une interruption du spectacle. Jacques Bona domine par sa voix puissante, par son métier et se glisse naturellement dans le rôle d'un Vinci lyrique.


Un contemporain digne des grands classiques

Dans la dernière partie, le compositeur contemporain Régis Campo a choisi de présenter le mythe sous la forme d'une farce lyrique. La surface est comique, mais de tous les compositeurs présentés, c'est sans doute le plus poignant dans l'expression de la douleur. Elle est transmise par les mélopées des chanteurs et dominée par la voix d'Orphée (Robert Expert), modulant le même thème de l'aigu au grave et du grave à l'aigu. La perte d'identité finale du protagoniste est préparée par la perte du langage des personnages. Ils ne produisent le plus souvent que des onomatopées, que seule la musique rend expressive. Sous la joie affichée, les sentiments restent ambigus, les repères sont perdus.


La recherche musicale de Régis Campo n'a rien à envier à celle de ses prédécesseurs. Cet Orphée, à la limite du cynisme, semble une présentation iconoclaste du mythe, et paradoxalement, traduit son sens profond au travers de la musique.




Tour Eiffel
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