La Chauve-Souris

de Johann Strauss
Mise en scène de Colinne Serreau
Décors de Jean-Marc Stehlé, Antoine Fontaine
Lumière de Geneviève Soubirou
Direction musicale d'Armin Jordan
Avec Dagmar Schellenberger, Béatrice Uria-Monzon
Charles Workman, Bonaventura Bottone
12 janvier 2001
Opéra Bastille


La Chauve-souris présente la frivolité d'une société viennoise avide de plaisirs. On y aime les dîners, les bals, les farces douteuses. Mais tel est pris qui croyait prendre, M. Eisenstein, après avoir ridiculisé le Docteur Falke en l'obligeant à traverser la ville déguisé en chauve-souris, se trouve à son tour le jouet d'une mystification organisée par sa femme Rosalinde et son hôte, le prince Orlofsky.


Une mise en scène gâchée

Monter une opérette à Bastille est déjà une gageure. Ce genre demande tant d'interactions entre le public et les chanteurs que cette salle gigantesque et froide ne permet pas. Mais si le metteur en scène s'attache à choquer le spectateur au lieu de le divertir, l'objectif de l'opérette est complètement raté.


Passe de déguiser le prince Orlofsky en cancéreux en phase terminale, passe d'affubler les danseuses d'un tutu ridicule pour interpréter un galimatias de cancan et de break danse. Quand au beau milieu de la scène de bal, on fait dessiner une croix gammée aux participants, la mesure est comble. C'est gratuit, inopportun et insultant pour le travail des interprètes.


Ces inepties sont d'autant plus regrettables que Colinne Serreau disposait d'une équipe technique hors pair. Les jeux de lumière de l'ouverture créaient une ambiance féérique, pas très éloignée des effets spéciaux de certains jeux virtuels. Quant au décor en trompe-l'oeil du deuxième acte, dans la lignée du délicieux théâtre de Vicenza, il contribuait à créer une atmosphère festive, futile et creuse si l'on veut, mais en accord avec la musique de Strauss.


De bons professionnels du chant

Qu'en était-il du chant ? Rosalinde fut interprétée à la dernière minute par Dagmar Schellenberger, ma foi fort honnêtement. L'artiste a de la personnalité, sa voix est bien timbrée.


Pour l'air du champagne, le prince Orlofsky, alias Béatrice Uria-Monzon, a dégagé sa supériorité par un phrasé impeccable et une grande puissance, si tant est qu'on puisse en juger à Bastille.


Somme toute, le public a été fort partagé entre l'envie de huer et d'applaudir. Si les sifflets ont émaillé le spectacle, c'est la seconde solution qui fut choisie majoritairement au final, par égard pour le travail des artistes.




Tour Eiffel
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