Le Jardin des délices

Organisé par la Péniche Opéra
Mise en scène et scénario de Mireille Larroche
21 mars 2000
Opéra comique


C'est un beau spectacle plein de poésie que la Péniche Opéra nous propose en partenariat avec la compagnie Han Tang Yuefu de Taïwan. Un marchand du XVIIème siècle français rapporte à ses filles trois livres précieux contenant les mythes de l'ancienne Chine. Tel le mirage d'une nuit d'été, les musiciens et les danseurs chinois apparaissent. C'est le 7ème jour de la 7ème lune. Le Bouvier, étoile d'Occident peut rencontrer la Tisserande, étoile d'Orient, qu'il aime et dont il est séparé. Ainsi, par la grâce du 20ème siècle, le 17ème siècle précieux français peut-il croiser le théâtre chinois du Verger des Poiriers.


L'Orient et l'Occident en correspondance

Le Liyuan, ou théâtre du Verger des Poiriers est introduit à Taïwan au 16ème siècle. Ce répertoire s'appuie sur la musique Nankuan (des Vents du Sud), qu'introduisirent au 4ème siècle dans le Sud de la Chine une société de princes exilés réfugiés à Quanzhou.


Pour un spectateur occidental, la perception de cet art demande un effort de concentration. La relation au temps est différente. La danse et la musique chinoises jouent sur la finesse du détail. Face à cet art, nous sommes aveugles et sourds. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter les maladroites répétitions des mots chinois par les personnages occidentaux. La musique de cette langue est presque impossible à reproduire. Passé le premier plaisir esthétique et la curiosité, les Parisiens risquaient donc de sombrer dans l'ennui, si la Péniche Opéra ne nous avait proposé une passerelle.


Le choix de la période précieuse est heureux. Les correspondances sont en effet nombreuses. Comme dans le Liyuan, la danse de cette époque est extrêmement codifiée, l'amour doit surmonter des épreuves avant de s'épanouir, les princesses ont leurs confidentes, les instruments sont doux, l'art est réservé à la cour. Grâce à ces correspondances, il nous a été donné d'entrer dans l'intrigue nostalgique des amours contrariées de la princesse Wuniang et du noble Buoning.


La tradition chinoise à notre portée

De l'interprétation, je retiendrai la grâce réelle de la délicate interprète de Yichun, suivante de Wuniang. S'appelle-t-elle Hsiao, Ho Wen ? Malheureusement, le programme n'indique pas le rôle des artistes chinois... Elle maîtrise à la perfection le moindre mouvement du corps, semble glisser dans ses déplacements. Ses gestes sont précis et subtils. Malgré la distance culturelle, elle parvient imperceptiblement à nous transmettre les sentiments de son rôle. C'est remarquable.


Madame Chen Mei-O, directrice artistique de la troupe, a une voix claire et modulée. Elle passe très bien la rampe. Il est également intéressant de voir représentées les premières codifications de notre ballet classique. Quelquefois, il est vrai, la chorégraphie m'a fait penser à Camargo. Dans un songe, qu'importe de mêler les danses de cour des 17ème et 18ème siècle français, si l'on y gagne en brio ? Les musiciens, chinois et occidentaux, ont su introduire la masse sonore de leur instrument dans un ensemble cohérent et harmonieux.


Le mirage d'une nuit d'été

Au départ des artistes chinois, nous partageons la nostalgie des personnages occidentaux et sommes tristes de perdre nos merveilleux visiteurs. Nous souhaitons qu'un soir de lune, les traditions artistiques de l'Orient et de l'Occident reprennent leur dialogue enchanté, subtil et éphémère, comme la caresse d'un vent du Sud.




Tour Eiffel
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