Outis

Luciano Berio
Livret Luciano Berio et Dario Del Corno
Mise en scène Yannis Kokkos
Châtelet

Une recherche de déstabilisation


Un incident a fait que je n'ai vu que la moitié de ce spectacle. Ma critique sera donc à l'image de cet opéra, éclatée.


L'objectif du compositeur italien, Luciano Berio, du librettiste, Dario Del Corno, et du metteur en scène, Yannis Kokkos, était de déstabiliser le spectateur. L'effet était réussi, si l'on en juge par les réactions du public.


Un mythe recréé


Le livret ne conditionne pas la trame musicale, mais est conditionné par elle. Refusant la structure aristotélicienne d'une histoire racontée, avec un début, un développement et un dénouement, Berio propose 5 cycles, qui tous commencent par la mort d'Ulysse,... fin naturelle d'un opéra. Ni Ulysse, ni aucun des personnages n'ont d'identité psychologique. Ils sont personnages en situation, morts vivants sur une scène.


Les situations qu'ils traversent ne sont pas régies par des rapports de cause à effet, mais glissent l'une vers l'autre : la banque devient bordel, le supermarché camp de concentration. On est dans l'univers du cauchemar, où affleure tout l'inconscient collectif de notre époque, emprisonné artificiellement dans la forme structurale du conte. En ce sens, il y a bien recréation contemporaine du mythe d'Ulysse, un mythe en négatif, où le roi d'Ithaque a perdu son identité, et n'est plus qu'Outis, Personne.


La mise en scène de Yannis Kokkos :
technologique, hypnotique, contrastée


La mise en scène relaie cette discontinuité par la création d'ambiances contrastées. Les techniques de la vidéo, en particulier, renforcent l'intention créatrice par la projection d'images récurrentes et hypnotiques sur des moniteurs. Parfois aussi, la mise en scène s'efface devant la musique, transformant le théâtre en nuit étoilée.


Les nouvelles combinatoires de la musique contemporaine


La musique déconstruit les références de l'opéra et les met en relation dans de nouvelles combinatoires. Le compositeur invite ainsi le spectateur à reconstruire ses propres associations, à recréer l'opéra. Tout y est, y compris les dernières recherches en matière de musique contemporaine : les processus vertigineux d'hybridations sonores et la reprise du chant par des dispositifs électroniques. Cette richesse musicale plonge également le spectateur, de façon hypnotique, aux racines de son subconscient.


Outis est une oeuvre de la fin du XXème siècle, marquée par ses recherches structurales et musicales, ses conflits, sa perte d'identité, ses atrocités. Ce non opéra dévoile un monde de mort, mort de l'homme, mort des habitudes culturelles. En même temps, de ce cauchemar représenté émerge une très grande richesse créative. De celle-ci naîtra sans doute l'opéra du XXIème siècle, riche des doutes et des recherches de maintenant, et, je l'espère, plein de sens.



Tour Eiffel
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