Les Noces de Figaro

de W. A. Mozart
Direction musicale de Stéphane Denève
Mise en scène de Giorgio Strehler
Avec Brigitte Hahn, Patrizia Ciofi
Gerald Finley, Dmitri Hvorostovsky
Joyce DiDonato, Michel Trempont
l'orchestre et les choeurs de l'Opéra de Paris
24 mai 2003
Opéra Bastille



Dans les Noces, Mozart décline différentes couleurs, différents degré de l'amour humain. Amour qui ne peut être vécu humainement sans douleurs, sans obstacles, sans épreuves, sans trahisons petites ou grandes. Amour charnel, amour transcendant selon l'âge, la maturité, l'histoire du personnage ou sa noblesse d'âme.


Mettre en scène les couleurs de l'amour

La mise en scène de Giorgio Strelher, qui entre autres mérites a celui de la longévité, est éloignée de la comédie de Beaumarchais. Elle a plutôt la grâce détachée des tableaux de Fragonard ou de Watteau. Plus statique, plus esthétique, elle met en valeur le chant, le flux musical du sentiment.


Le spectacle réunissait de grandes voix, notamment celle de Gérald Finley, claire, profonde et précise, celle de Joyce DiDonato, un peu haute peut-être, mais si riche en harmoniques, ou encore celle légère et nette de la charmante Suzanne qu'est Patricia Ciofi. J'avais vu cette dernière dans le spectacle du théâtre des Champs-Elysées et ce que j'ai dit alors reste vrai.


Beauté d'un coeur, beauté des fées

Dans cette interprétation et dans cette mise en scène, le personnage le plus marquant du spectacle est la Comtesse Almaviva, magnifiquement interprétée par Brigitte Hahn. Triste à mourir à sa première apparition du deuxième acte, la comtesse est d'emblée profondément émouvante. Après le dévoilement d'un coeur brisé, la Comtesse mèle avec sublime la nostalgie du bonheur perdu et l'espérance esquissée de jours meilleurs :


"Où sont allés les beaux moments
de tendresse et de plaisir ?
Où sont allés les serments
de ces lèvres menteuses ?
Pourquoi, si tout est changé
pour moi en larmes et en peines,
pourquoi leur souvenir
n'a-t-il pas quitté mon coeur ?
Ah ! si au moins ma constance
à languir d'amour encore
me donnait l'espérance
de changer ce coeur infidèle !"


Belle dans la superbe robe rouge et or conçue par Ezio Frigerio, Brigitte Hahn exprime d'une voix limpide et pure la force de la constance amoureuse que rien ne peut abattre. La Comtesse délaissée vit cependant le vrai amor, décliné à un moindre degré par Figaro et Suzanne. Malgré la trahison, elle continue d'imaginer dans cette lettre au Comte qu'elle dicte à Suzanne le doux rêve d'une rencontre "sous les pins du bosquet".


Maître de sa douleur, fraîche dans son amour, la Comtesse est la seule à pouvoir dénouer l'intrigue par un pardon final qui dissipe les petites et les grandes faiblesses. Le final de Giorgio Strehler par son esthétique picturale ressemble à la fin des contes de fées qui charmèrent notre enfance. Et la fée y était simplement la Comtesse Almaviva.




Tour Eiffel
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