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Histoire du roi lépreux
racontée par Guillaume de Tyr


Guillaume de Tyr découvre la maladie de son futur souverain


Enfance de Baudoin IV, sixième roi de Jérusalem
Portrait physique et moral

Le sixième roi des Latins de Jérusalem fut le seigneur Baudoin IV, fils d'Amaury, roi d'illustre mémoire et de l'aimable Agnès, fille du comte Josselin II d'Edesse.

Je l'ai dit précédemment, lorqu'il hérita du royaume de ses ancêtres, le roi fut contraint sous la pression du patriarche de Jérusalem, Amaury, successeur de Foulques, de répudier cette dernière pour obéir à une remontrance ecclésiastique. On disait en effet - et c'était la vérité - que leur mariage était consanguin.

Quand j'étais archidiacre de Tyr, Baudoin enfant me fut confié vers l'âge de neuf ans par son père. Il était très soucieux de son éducation. Aussi me pria-t-il de l'éduquer et de lui enseigner les arts libéraux.

Pendant qu'il était sous ma garde et que je m'employais à lui transmettre, comme il convient à un roi, les lettres et la morale, voici ce qui arriva.

Dans leurs jeux, ses compagnons et lui, comme d'habitude quand les enfants s'ébattent, s'égrattignaient mutuellement aux mains et aux bras. Les autres manifestaient leur douleur par des cris. Lui au contraire, bien qu'il ne fût point épargné, comme insensible, supportait trop patiemment la douleur. On me rapporta que cela arrivait fréquemment. Je crus d'abord que cela venait de sa force de caractère, et non de son insensibilité. Je l'appelai et entrepris de lui demander ce qu'il en était. Je découvris finalement que son bras et la moitié de sa main droite étaient insensibles : il ne sentait ni les morsures, ni les piqûres d'aiguille profondes. Je commençai alors à avoir un doute. Je me souvenais en effet du proverbe : "Il est reconnu qu'un membre insensible devient le plus souvent malade. Qui ne sent sa douleur court un plus grand danger". J'en avertis son père.

Sur la prescription des médecins, on prit soin de lui administrer force pansements, massages et même médicaments, mais en vain. C'étaient en effet, comme nous le découvrîment avec le temps, les signes précurseurs d'un mal plus grave et absolument incurable. Lorsque j'en parle, il m'est impossible de garder les yeux secs. Il se déclara vers l'adolescence et il apparut alors qu'il était atteint de la lèpre. La maladie progressait de jour en jour, mutilant gravement son visage et ses membres. Chaque fois qu'ils le voyaient, la pitié les prenaient et le coeur de ses proches se serrait.

Il progressait néanmoins dans l'étude des lettres et, chaque jour, manifestait des qualités plus prometteuses et un naturel plus attachant. Il avait la beauté de son âge et surpassait ses ancêtres dans le maniement des chevaux. Il avait une excellente mémoire et aimait converser. Réservé, il savait très bien se souvenir des bienfaits comme des offenses. Il ressemblait tout à fait à son père, tant par la physionomie que par la stature, la démarche et la façon de parler. Il avait l'esprit vif, mais l'élocution difficile. Comme son père, auditeur attentif des récits historiques, il écoutait volontiers également les conseils de sagesse.



Baudoin IV est couronné le 15 juillet 1174 dans l'église du Saint-Sépulcre


Le couronnement

Baudoin venait d'avoir treize ans lorsque son père mourut. Sa soeur aînée, Sibylle, née de la même mère, était élevée à Béthanie dans le couvent de Saint Lazare, qui était dirigé par l'abbesse Yvette, leur grand-tante.

A la mort de son père, les princes ecclésiastiques et séculiers du royaume se rassemblèrent, et selon le voeu de tous, il fut oint et couronné solennellement, conformément aux traditions, dans l'église du Saint-Sépulcre. La cérémonie, présidée par Amaury, patriarche de Jérusalem, fut concélébrée par les archevêques, évêques et autres prélats le 15 juillet, quatre jours après le décès de son père, sous le pontificat d'Alexandre III.

Aimery était évêque d'Antioche, Amaury, patriarche de Jérusalem, Frédéric, évêque de Tyr. L'illustre et pieux empereur Manuel était le maître de Constantinople. Frédéric régnait sur Rome, Louis sur la France. L'Angleterre était gouvernée par Henri, fils de Geoffroi, comte d'Anjou. Le seigneur de la Sicile était Guillaume II, fils de Guillaume Ier. Antioche avait pour prince Bohémond, fils du seigneur Raimond, Tripoli, Raimond II, fils du comte Raimond Ier.



Sources latines :

Guillaume de Tyr - Chronique 2, livre XXI, 1 et 2, Paris, Brepols, 1986.

On pourra consulter le texte en français médiéval sur le site de Paul Halsall

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