Les premiers concerts en soliste

Après son premier prix de Conservatoire, Edouard Nanny est engagé rapidement dans les orchestres parisiens : d'abord aux concerts Lamoureux, pendant 6 ans, puis à la Société des Concerts du Conservatoire, à partir de 1897 ou 1898. Enfin, il devient contrebassiste à l'Opéra comique en 1900.

Parallèlement, il commence modestement, mais sûrement une carrière de contrebassiste soliste.

1893 - Beauvais

Très intéressant, cet article de 1993 résume les débuts du jeune contrebassiste.

M. Nanny, contrebassiste, 1er prix du Conservatoire : presque un enfant, 19 ans, un peu beauvaisien par sa famille. A 14 ans, obtenait le 1er prix de cornet à pistons, lâchait le cuivreux instrument sur les produits duquel il faisait peu de fond, piochait aussitôt avec passion cette machine apocalyptique que l'opinion populaire classe généralement parmi les meubles meublants, et stupéfiait au concours de 1892 les membres du jury qui lui décernaient à l'unanimité le premier prix, en le comblant de félicitations. Aujourd'hui, paraît-il, gagne beaucoup d'argent. Merveilleux instrumentiste, il tire de sa viole monstrueuse des effets stupéfiants de douceur et de charme. Son succès a été prestigieux ; ce jeune homme a été bissé, acclamé, rappelé, choyé comme une prima dona, lui et sa contrebasse, - et ce n'a été que justice.

1895 - Clermont

En 1895, après son service militaire, effectué en 1894, Edouard Nanny apparaît lors d'un concert de la Symphonie clermontoise.

M. Nanny, contrebassiste des concerts Lamoureux, 1er prix du Conservatoire, est un artiste d'une grande valeur, qui a tenu toute la salle sous le charme, par son exécution de Mélodie et Rondeau et Divertissement, deux morceaux exécutés sur la contrebasse, instrument qu'il est rare d'entendre produire des sons aussi purs et aussi délicats.

1999 - Dieppe

Deux concerts semblent avoir eu lieu à Dieppe réunissant en duo Edouard Nanny et le violoniste Jacques Thibaud. Ce duo préfigure les duos qu'ils jouera avec Henri Casadesus.

Premier concert :

Au Casino

La salle était bien garnie hier soir : elle l'était plus même qu'à pareille date en beaucoup d'années.

Les débuts de deux solistes remarquables ont fait de la soirée de concert une audition artistique de premier ordre.

M. Jacques Thibaud a soulevé une première ovation après son solo dans la sélection sur la Reine de Chypre. Dans la seconde partie, c'est le Rondo capricioso de Camille Saint-Saëns, qu'il a exécuté avec une délicatesse remarquable. Le public l'a, d'enthousiasme, rappelé deux fois.

Si nous avons en M. Larruël, un soliste du genre un peu extraordinaire, M. Bourdeau a trouvé avec M. Nanny, le moyen de faire servir également, à de très belles auditions, un des instruments les plus ingrats d'un orchestre : c'est la contrebasse si souvent délaissée, nous allions dire dédaignée.

M. Bourdeau et M. Nanny nous ont, hier soir, prouvé une fois de plus que le talent triomphe de tout, car M. Nanny joue de la contrebasse avec le même effet que s'il tenait un violoncelle dans les doigts.

La phrase est harmonieuse, l'instrument chante, les sons s'enchaînent admirablement, comme dans la Rêverie de Schumann, par exemple. Quant au Rondo burlesque de Bottesini, qui exige une grande virtuosité, il a été joué avec un sentiment qui laisse autant d'étonnement que d'admiration. C'est une véritable révélation que nous devons à M. Nanny.

L'orchestre a été très goûté dans les deux ouvertures et dans le Dernier sommeil de la Vierge de Massenet, où chantent délicieusement tous les intruments à cordes.

Ed. D.

Deuxième concert :

Avec le concours de Mlle R. D'Agenville, MM. Théry, J. Thibaud, A. Hekking et E. Nanny
A. Thomas, Le Carnaval de Venise (ouverture)
Gounod, Judex from Mors et Vita
Bottesini, Duo Concertant, pour violon et contrebasse (Jacques Thibaud et Edouard Nanny)
P. Delmet, Vous êtes si jolie
Meyerbeer, Grand air du Prophète...

La salle a littéralement failli croûler sous les bravos après le Duo Concertant pour violon et contrebasse. M. Nanny a été étourdissant de virtuosité. Il joue de la contrebasse avec autant de grâce que s'il avait une mandoline entre les mains. Il en tire des sons qui ne seraient pas indignes du violoncelle de M. Hekking. C'est tout dire.

15 novembre 1899 - Douai

Dans ce concert de Douai, on voit apparaître le répertoire qu'Edouard Nanny reprendra à maintes reprises, notamment dans les concerts de la Société de concerts des Intruments anciens.

Pour en terminer avec les instrumentistes, disons tout de suite le grand effet produit dans tous ses morceaux par M. Edouard Nanny, contrebassiste des concerts du Conservatoire de Paris, dont les sons ne laissent rien à désirer comme pureté et ont parfois la douceur du violoncelle.

C'est un véritable artiste qui nous a été présenté là, et il a réuni tous les suffrages aussi bien dans la Rêverie, de Schumann, et la Tarentelle, de Bottesini, que dans Concertotrüch de Franz Simanld.

8 février 1900 - Beauvais

Edouard Nanny reste fidèle à ceux qui ont applaudi ses premiers succès. Son répertoire est désormais constitué et ce concert de 1900 préfigure les futurs concerts de la Belle Epoque

Nous noterons à part un autre triomphateur de la soirée, M. Nanny, le contrebassiste de l'Opéra (comique). C'est un tout jeune homme à la mine éveillée et spirituelle, à peine plus grand que son énorme instrument.

Et de cette "armoire à cordes", réputée et connue comme des moins harmonieux des intruments, classée dans la catégorie des soutiens utiles, mais peu agréables, ressource indispensable de l'accompagnement, il a su en faire un instrument chanteur aux sonorités d'une douceur attrayante.

Sur ce mastodonte d'orchestre, il joue du violon, de l'alto, du violoncelle : l'effet est réellement prodigieux et tout à fait séduisant à l'oreille. Une Rêverie de Schumann, la Tarentelle de Bottesini, le Nocturne de Chopin, le Larghetto d'Alard, la Mazurka de Wienawski ont été rendus avec une maestria inattendue par ces grosses cordes se faisant aimables et douces sous un archet délicatement conduit par une main experte, rompue à des difficultés que beaucoup n'oseraient braver.

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