Causerie sur la contrebasse

Non daté, mais sans doute écrit vers 1933, ce texte de la main d'Edouard Nanny résume ce qui était connu de l'évolution technique de la contrebasse jusqu'à son époque. En quelques lignes tout était dit.

Je ne sais pas dans quelles circonstances ce texte a été écrit. Sans doute fut-il davantage rédigé à des fins pédagogiques, pour alimenter une "causerie", que pour être publié dans un contexte de recherche universitaire. Il montre ce que connaissait Edouard Nanny en son temps. Il doit donc être pris pour un témoignage de l'époque, et non bien sûr comme un état de la recherche historique actuelle sur la contrebasse.



Autrefois, la famille des Violes s'adjoignait pour la partie grave un type d'instrument monté à cinq cordes, sonnant à l'octave grave de la Viole de Gambe et désigné sous le nom de Contrebasse de Viole, ou Violone. La Contrebasse actuellement en usage dans nos orchestres n'est, pas plus que le violoncelle, une invention moderne, mais le résultat des modifications apportées à ces anciens intruments.

A l'époque où le violon remplaça les violes, les luthiers modifièrent les Basses et Contrebasses de Viole pour les rattacher à sa famille, réduisant le nombre de leurs cordes, changeant leur accord et leur forme, sans songer que cette forme "violon" était moins avantageuse aux Contrebassistes pour jouer dans le registre aigu, que celle des violes, et on modifia de nouveau, dans ce sens, les nouvelles Contrebasses.

Les premières nous furent apportées d'Italie et d'Allemagne montées à quatre cordes accordées par quartes, et le premier musicien français qui en joua à l'Opéra fut Montéclair, vers 1700.

Jusqu'en 1757 il n'y avait toujours qu'une Contrebasse dans cet orchestre. Gossec en fit ajouter une seconde, Philidor une troisième et le nombre finit par s'augmenter jusqu'à huit.

Cependant, en Italie, pour donner au son plus d'ampleur on était arrivé à supprimer la quatrième corde, et la Contrebasse se jouait à 3 cordes accordée . Dragonetti le 1er des virtuoses italiens ainsi que le célèbre Bottesini jouaient ce dernier accord. La contagion fit son chemin, gagna l'Allemagne et la France où, jusqu'en 1834, la Contrebasse eut rarement plus de 3 cordes ; beaucoup de violoncellistes sans emploi prirent cet instrument et l'accordèrent même par quintes !! pour ne pas déranger le système d'intervalle du violoncelle !!

Enfin, après bien des tribulations, Chérubini, Directeur du Conservatoire, imposa l'enseignement à quatre cordes et par quartes. Peu à peu la forme et la monture de cet intrument furent perfectionnés, la grosseur des cordes mise au point ainsi que l'épaisseur du chevalet, le renversement du manche augmenté ainsi que l'épaisseur de la barre, enfin toutes modifications qui en facilitant les moyens d'exécution ont fini par faire rendre à la Contrebasse une sonorité ample et claire, dans toute son étendue. Profitant de ces améliorations, on a fini par ajouter une 5ème corde à quelques Contrebasses qui adjointes aux quatre cordes dans les grands orchestres, suffisent pour des pédales graves

Quant à l'archet, sa forme, sa longueur et sa tenue, ont provoqué bien des discussions, et, finalement la forme de l'archet du violoncelle ainsi que sa tenue a été presque universellement adoptée.

Le volume de la Contrebasse, la grosseur de ses cordes, l'écart de ses tons, (1 ton du 1er au 4ème doigt) qui oblige à un déplacement de main presque constant, sont la cause indéniable qui fait que son étude est peut-être la plus aride, sinon la plus difficile des instruments à cordes ; car la force nécessaire à l'appui des doigts et de l'archet doit s'allier à l'agilité, sur une grande longueur de corde pour la réalisation d'une exécution parfaite des traits les plus rapides.

La technique des instruments à cordes a fait d'immenses progrès et nombreux sont dans les orchestres, les violonistes, altistes, violoncellistes, pouvant prétendre au titre de virtuose ; celle de la Contrebasse a aussi fait de grands progrès et, déjà, beaucoup parmi les bons contrebassistes peuvent aussi prétendre à ce titre, capables de jouer les pièces les plus difficiles des grands maîtres italiens, Dragonetti, Bottesini, etc... mais aussi les transcriptions de nombreuses pièces pour violoncelle : Kol Nidrei de Max Brück, les sonates de Marcello, d'Haëndel, allemandes, courantes, sarabandes, gigues des sonates de J.S. Bach etc, etc.

La Contrebasse bien jouée est une belle voix, qui, elle aussi peut chanter, elle a ses doubles cordes, ses harmoniques qui, bien employées, sont d'un grand effet. Il est difficile ici de donner de nombreux exemples, et n'en donner que quelques-uns n'est pas suffisant, mais les compositeurs pourraient en voir de nombreux dans ma seconde partie de Méthode (Editions Al. Leduc), ainsi que dans le Traité d'orchestration (nouveau) de Henri Büsser.


Malgré les progrès réalisés sur cet instrument, je tiens cependant à dire pour terminer, que les traits par trop rapides, dans le grave, sont à éviter, étant donné la vibration lente des grosses cordes, et surtout dans les tonalités chargées de dièses ou de bémols !

Edouard Nanny

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